Pourquoi Kouldja n’est pas devenu russe ? Exemple d’une utilisation de la théorie des ‘frontières naturelles’ lors de la conquête russe de l’Asie centrale aux XIXe-début du XXe siècles

Basé essentiellement sur des documents inédits des archives centrales de la République de l’Ouzbékistan, cette communication tente de dessiner les étapes initiales de la crise qui, de 1871 à 1881, a opposé la Russie et la Chine à propos de l’Ili (Kouldja). L’analyse de la correspondance entre les élites militaires locales – essentiellement le premier Gouverneur général du Turkestan, K.P. von Kaufman, et le commandant en chef du district du Sémirechié, G.A. Kolpakovskij – et les élites politiques, militaires et financières de Saint-Pétersbourg montre la dynamique très complexe et contradictoire a l’œuvre dans l’élaboration de la politique de conquête de l’Asie centrale : le pouvoir central a en effet très souvent fini par se plier aux conséquences des initiatives privées venues des administrateurs locaux. L’utilisation de la théorie des " frontières naturelles " dans cette situation s’avère très aléatoire : très flexible dans la définition des " vraies limites scientifiques " de l’empire russe lors de la conquête russe de l’Asie centrale et subordonnée avant tout à des réflexions stratégiques, cette théorie pouvait servir tant pour appuyer que pour rejeter la nécessité de nouvelles acquisitions territoriales.

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