Le corps, constructeur de frontières. Le cas du tatouage

Apanage des classes populaires, le tatouage s’est étendu à de nouvelles populations – féminines, sportives, mainstream – depuis une quinzaine d’années. La réception des modalités d’encrage continue toutefois à tracer des frontières normatives, le jeu des rencontres distinguant ce qui relève de l’acceptable de ce qui le transgresse et risque ainsi de glisser vers la marginalité. Mais le tatouage, outre s’offrir à des spectateurs, relève également de la performance. En tant qu’activité, il consiste à introduire de manière permanente de l’encre, sous forme d’images, dans le corps. Ce processus d’encrage met alors en jeu un autre type de rapport social : celui qui s’établit entre le tatoueur et son client. L’un et l’autre sortent transformés dans leur chair de ce corps à corps, qui produit plus que son résultat – le tatouage. Sont, par cette relation, renégociées un ensemble d’autres frontières : celles de l’iconographie propre à cette pratique et celles du statut de cette activité que les encreurs tentent de préserver de toute forme d’institutionnalisation pour maintenir sa non conventionnalité alors même qu’ils en revendiquent la professionnalité et l’art.

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