Au-delà de la frontière scientifique, la frontière du réel en Asie centrale chinoise

Dans cette communication la notion de " Frontière " sera définie comme enjeu d'études scientifiques en même temps qu'enjeu de contrôle politique des mouvements de personnes et de circulation de nouveaux concepts et techniques de représentation. Nous étudierons tant la perméabilité que la permanence des frontières internes de la République de Chine (1912-1949) en décrivant leurs mutations politiques et ethniques. Nous complèterons les travaux d'Owen Lattimore (1940, 1947) et ceux plus récents de Magnus Fiskesjö (2004) et de Justin Tighe (2005) en analysant aussi les processus d'intégration et d'exclusion. Les frontières que découvrent les participants de l'expédition sino-suédoise de 1927 à 1935 en Mongolie intérieure et dans le Turkestan oriental seront pour nous très révélatrices. Ce qui nous intéresse le plus est en effet le chevauchement des frontières physiques et métaphysiques, mais aussi leur transgression soit par les rebelles musulmans soit par les chercheurs de Pékin et de Stockholm, qu'il s'agisse du général Ma Zhongying ou des géologues Ding Wenjiang, Erik Norin et Johan Gunnar Andersson. Ensemble, ces acteurs construisent un nouvel espace historique où des identités culturelles et professionnelles s'affrontent en même temps que s’opposent les théories sur le climat, la civilisation, la barbarie, la nation et l'ethnie. Tout cela nous conduira à nous interroger sur la notion de frontière que la communauté scientifique de l'époque remet en cause quand elle rejette tout lien mécanique entre " nature " et " culture " malgré l’opposition déterminée d’Ellsworth Huntington.

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