Parcourir l’espace frontière franco-allemand… Les enjeux d’une appropriation symbolique des Vosges alsaciennes par les sociétés de ski et de tourisme (1871-1914)

L’institutionnalisation de la plupart des sports modernes se réalise en Alsace au moment même de l’annexion de la région au Reich allemand (1871-1918). Or, parmi l’ensemble des activités phagocytées par le mouvement associatif alsacien, les sports de montagne jouissent d’une forte légitimité, ce dont atteste la vitalité du réseau des sociétés de ski et de tourisme. En effet, contrairement aux loisirs pratiqués en espaces clos et urbains (sports collectifs, athlétisme, gymnastique…), la randonnée pédestre et le ski, qui sont des activités de déplacement, permettent la découverte du patrimoine régional, et donc la construction d’un attachement au territoire et aux racines. En cela, ils sont reconnus pour masquer efficacement les préoccupations politiques derrière des questions d’ordre culturel. Dès lors, parcourir un espace frontalier comme celui des Vosges revêt, dans le contexte de l’annexion, un ensemble de significations sociopolitiques. Si les uns (principalement des Allemands de souche installés en Alsace) gravissent ce massif afin de contempler le Rhin et l’espace germanique (" Vaterland "), les autres (généralement des Alsaciens francophiles) s’y rendent pour se rappeler le souvenir de la France (la " ligne bleue des Vosges "). Ainsi, derrière les " expressions galvaudées par la littérature officielle des clubs d’amis ou de passionnés des montagnes " (Mestre, 1998), nous verrons que les sociétés de ski et de tourisme représentent des lieux de mobilisation originaux et efficaces pour ceux qui veulent injecter du politique dans la société alsacienne.

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