Montrer l’impensable . Les pratiques photographiques du CICR à la libération des camps nationaux-socialistes

Perçu comme un moment décisif de l’histoire de l’humanitaire, l’échec du Comité international de la Croix-Rouge à l’égard du système concentrationnaire national-nationaliste et plus généralement face au génocide des populations juives européennes, s’impose, à partir des années 1960, comme une référence essentielle de nombreux acteurs humanitaires pour légitimer l’utilisation des médias ou pour questionner le cadre étroit du droit international humanitaire. Le souvenir de l’impuissance du CICR et de son silence face à la souffrance des victimes des déportations et des camps semble en effet avoir servi de matrice pour les acteurs du " second siècle " de l’humanitaire et avoir forgé leur représentation de la victime. Les images des victimes des conflits africains des années 1960 (qui servent de cadre de réflexion à ce panel pour comprendre de quelle la manière se sont imposées les références au génocide juif à ce moment-là) paraissent en effet forgées à la fin de la Deuxième Guerre mondiale comme l’a très bien montré Philippe Mesnard et permettent une première cristallisation de la figure de la victime qui prendra toute sa force dans les années 1990.

Pourtant, dès 1945, la très large diffusion de photographies issues des camps nationaux-socialistes, notamment dans la presse, participe de manière décisive à la genèse d’une " conscience universelle " . Dans ce cadre, les délégués et employés du CICR qui réalisent de nombreuses photographies à l’intérieur des camps contribuent, à leur manière, à l’élaboration d’une mémoire visuelle du génocide. La politique et les pratiques en matière photographique nous interrogent aussi bien sur l’attitude d’une institution humanitaire, critiquée dès la fin de la guerre pour les lacunes de son action, que sur l’utilisation de la photographie comme instrument privilégié de l’action humanitaire à la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

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