Les délégues du CICR en Afrique coloniale (1956-1961)

Créé dans le contexte européen impérialiste de la deuxième moitié du XIXe siècle, composé exclusivement de membres et de délégués de nationalité suisse inévitablement influencés par la vision paternaliste et colonialiste des Etats européens ayant signé les Conventions de Genève, le CICR parvient difficilement à dépasser cet héritage intellectuel. Les documents d’archives attestent du manque de connaissances des cultures des prisonniers de guerre " indigènes " durant la Deuxième Guerre mondiale. A quelques exceptions près, personne au siège ou parmi les délégués ne semble se préoccuper de l’adaptation des conditions de la captivité aux habitudes religieuses et culturelles de ces captifs ; les préjugés raciaux sont facilement décelables dans le discours tenu. Dans les années qui suivent le conflit, alors que les opposants à la colonisation font toujours plus entendre leurs voix et que les conflits d’indépendances se multiplient, le CICR poursuit plusieurs missions en Afrique. L’attitude intellectuelle des délégués évolue-t-elle au contact direct de la réalité des peuples colonisés? L’impartialité, principe fondamental de l’institution genevoise, est-elle respectée? Les délégués en mission abandonnent-ils les limites intellectuelles de leur culture pour faire preuve de toute l’humanité qu’il est permis d'attendre de ces premiers travailleurs humanitaires? Nous tenterons de répondre à ces questions en comparant deux missions : celle du révérend Henri-Pierre Junod au Kenya lors de la révolte des Mau-Mau en 1956, d'une part, la mission d’information de Samuel Gonard et de Georges Hoffman dans divers pays d'Afrique centrale en 1961 d’autre part.

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