Immigration et variations des structures de l’emploi dans le Briançonnais

Le Briançonnais est une région frontalière avec l’Italie. Les vallées du Piémont voisins étant rattachées à la France jusqu’au traité d’Utrecht en 171 3, les liens ont toujours été forts entre les deux côtés de la frontière. La présente étude se place au milieu du XIXe et dans la première partie du XXe siècle et a pour cadre l’usine de la Schappe de Briançon. Celle-ci est une entreprise de traitement des déchets de soie qui a fonctionné entre 1842 et 1933 et a été le principal employeur de la région. Le débauchage d’ouvriers et de techniciens italiens a permis le transfert des technologies nécessaires au démarrage de l’entreprise. Cette première vague d’immigration s’est poursuivie pendant toute la période de fonctionnement de cette usine.

A partir de 1862, l’ouverture d’un nouveau bâtiment de peignage et l’augmentation de la production posent le problème de la main-d’œuvre féminine locale que l’on ne trouve pas en nombre suffisant pour répondre à la demande. Pour pallier à cet inconvénient, la direction de l’entreprise fait appel à l’immigration féminine italienne. Jusqu’à 200 ouvrières sont ainsi logées dans une cité ouvrière construite à cet effet. Les ouvrières italiennes sont mieux considérées que les Briançonnaises et occupent les meilleures places dans l’usine. Elles ont la réputation de mieux travailler et d’être plus productive alors qu’elles n’ont aucune formation particulière avant leur arrivée à Briançon. Cette situation connaît des évolutions importantes entre 1880 et 1933. Alors que le nombre d’ouvrières italiennes employées dans l’entreprise ne cesse de diminuer, le nombre des femmes originaires du Briançonnais augmente en même temps que l’âge moyen de celles-ci. Il y a dans le même temps une féminisation des emplois. Pourtant les effectifs employés dans l’usine ne diminuent pas. Il faut y voir un changement dans les modes de recrutement et dans les évolutions des stratégies d’apport monétaire dans le cadre de la pluriactivité. Une nouvelle répartition du travail entre les hommes et les femmes apparaît à cette occasion. A partir de la fin du XIXe siècle, les hommes de la région de Briançon semble retrouver les chemins de l’immigration. C’est à partir de cet ensemble d’observations que nous tenterons de dégager les logiques des migrations transfrontalières et de leur effet sur les structures de l’emploi.

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