Histoire et éducation à la citoyenneté : élèves et frontières disciplinaires

Dans les curriculums, l’enseignement de l’histoire et l’éducation à la citoyenneté apparaissent comme un " couple d’évidence ". Nous interrogeons celui-ci à la fois sur un plan théorique et empirique. Sur le plan théorique, les deux disciplines se différencient par le type de légitimité qui les institue : alors que l’histoire étudie le passé en le mettant en relation avec le présent, la citoyenneté est centrée sur le présent et orientée vers l’avenir ; tandis que l’histoire scolaire tend à répondre à une exigence de vérité, l’éducation à la citoyenneté cherche à intégrer les élèves dans la société à laquelle ils appartiennent. Toutes deux partagent néanmoins la double fonction d’adhésion et de distanciation qui aspire à inscrire l’individu dans une communauté socio-politique, tout en formant un citoyen critique et autonome. Elles partagent aussi de très nombreux objets d’études tout en les questionnant sous des angles différents. Cette porosité des frontières disciplinaires s’observe également sur le plan empirique. Pour l’illustrer, nous examinons les propos d’une quarantaine d’élèves de Suisse romande (primaire et secondaire I et II) sur leurs conceptions de l’histoire et de la citoyenneté. Ces entretiens ont été réalisés dans le cadre plus large d’une enquête sur la relation que les élèves établissent entre les mondes construits par les disciplines scolaires et leurs expériences personnelles et sociales.

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